École des chartes » ELEC » Cartulaires d'Île-de-France » Saint-Martin-des-Champs » Tome 1 » V. — Actes concernant Saint-Martin-des-Champs prieuré de Cluny, sous le règne de Philippe Ier » 1081-1er mai 1095

Le chevalier Aubert donne, du consentement de son fils Hugues, l'autel de Sainte-Opportune de Moussy-le-Neuf à Saint-Martin-des-Champs, sur le conseil de Hugues, abbé de Cluny ; Aubert dépose la lettre du saint abbé, que le prieur Ourson fait insérer dans le manuscrit de la règle de Saint-Benoît. Bouchard IV de Montmorency, entouré de six de ses chevaliers, confirme ce don en présence du comte Gui de Rochefort.

  • A Original perdu.
  • B Copie de 1118, Bibl. nat. de Fr., ms. lat. 10977, Liber Testamentorum, fol. 2-3, nº 5.
  • a Recueil des chartes et documents de l’abbaye de Saint-Martin des Champs, monastère parisien, éd. Joseph Depoin, Ligugé, 1913-1921.
D'après a.

O quama magnificis laudibus glorificandi sunt sancti patres nostri, qui nos divinis ita sollicite instruxere documentis, ut fide percepta, plebs Xristiana Dominum Deum suum videre jam cupiat in spe certa et caritate sincera. Quibus columnis fidei, scilicet spei et caritatis, firmiter affixa, aliisque quam plurimis spiritalibus documentis fideliter enutrita, Deum suum scit jam adorare et colere ; sancti vero clerici et monachi, Spiritus Sancti gratia inflamati, in scola sanctorum Apostolorum aliorumque sanctorum Patrum efficacissime edocti, ita æcclesiasticas consuetudines mentibus suis retinent inscriptas, ut die ac nocte Domino Deo suo, sine interimissione in himnis et laudibus spiritalibus sciant deservire, et cum Apostolo dicere : « Cupio dissolvi et cum Xristo esse ». Perpendentes igitur seniores nostri sancti scilicet Apostoli, et alii Patres sancti, provisores pii, quod his qui æcclesiae deservirent humana subsidia necessaria forent, eos populis preferentes constituere ut tam populus quam eorum principes æcclesiis redderent decimas et oblaciones, ut per hæc et alia donaria fieret sicut in primitiva æcclesia in qua dividebatur singulis prout cuique opus erat. Inde constitutum est ut propter scandalorum spinas et malorum calumpnias que oriri solent, que de possessionibus suis dederunt homines, cartule fiant, ut presentes et posteri sciant qui sunt datores, quid dederunt, et qualiter dederunt, sub quorum principum temporibus vel quibus testibus.

Igitur notum fieri volumus Xristi fidelibus futuris et presentibus quod Albertus miles dedit æcclesiæ Cluniacensi que fundata est in honore apostolorum Petri et Pauli, sub qua æcclesiæ Beati Martini que dicitur de Campis, æcclesiam de Monciaco que dicitur æcclesia Beate Oportune, cum atriis133 et appendiciis suis sicut clerici eam tenuerant, qui in ea deservierant.

Hoc autem fecit Albertus in communi Capitulo, cum filio suo Hugone coram domno Ursione priore et congregatione ; statimque coram cunctis qui aderant donum posuit super sanctum altare.

Hoc eciam fecit Albertus ille, consilio domni Hugonis abbatis ; nam litteras ejus libenter suscipiens, ejusque mandatis obediens, epistolam sibi ab eo missam in supradicta æcclesia Sancti Martini reliquit ; quam pro auctoritate, in libro quo continetur regula Sancti Benedicti, domnus Ursus prior inscribi jussit.

Hoc vero concesserunt qui calumpniari possent : Johannesb de Lanniaco280 et Richildis uxor ejus et Helvidis, ambe Alberti filie quibus competebat hereditario jure.

Quod hoc concesserint Johannes et Richildis testes sunt qui adfuerunt, quorum nomina hæc sunt : Albertus de quo tractamus ; Hugo filius ejus ; Nanterius de Montegaio241, Paganus, Ansellus et Willelmus de Garlanda151, Warnerius de Parisio134, Petrus Orphanus198, Petrus Singularis98, Benedictus et Warnerius fratres.

Hoc eciam concesserunt Burchardus et Rainardus. Quod et concessit Burchardus de Montemaurinciaco in sepedicta sepeque dicenda Beati Martini æcclesia : de ejus enim beneficio erat.

Hujus concessionis Burchardi testes sunt : Hugo filius Theoderici135, Odo filius Odonis, Hugo de Warenna, Ricardus filius Teoderici135, Philippus de Tresluza136, Wido de Aquaputa136, Herbertus de Vilers136.

Eorum vero qui ex parte æcclesiæ fuerunt, nomina hæc sunt : Wido comes de Rupeforti74, Hudo de Sancto Clodoaldo224, Willelmus Marmerellus, Walterius major36, Rotgerus filius ejus, Warinus et Theudo fratres ejus ; Hilgodus, Drogo nepos ejus, et Herlebodus, servi ejusdem æcclesiæ ; Walterius et Stephanus custodes equorum ; Rogerus et Rotbertus sartores ; Bernardus parmentarius, Bernardus hospitalis.

Hoc autem factum est temporibus Philippi regis Francorum et Gaufredi episcopi Parisiorum18, Hugone de Cluniaco existente abbate, Urso de Campis priore.


a B Aquam.
133 Moussy-le-Neuf en Parisis, ca. Dammartin, ar. Meaux, paroisse fort ancienne où furent transférés les corps de saint Chrodegand ou Godegrand, évêque de Séez, et de sa sœur sainte Opportune. Le premier fut transporté par Adam Ier de l'Isle en son château de l'Isle-Adam, où il bâtit une église pour le recevoir. Elle fut dédiée en 1024. Gautier de Moussy (Walterius de Monci) souscrit le diplôme de Philippe Ier pour Saint-Vincent de Senlis en 1069 (nº14). Aubert de Moussy, donateur de l'église de Sainte-Opportune, eut un fils, Hugues, et deux filles, Richeud, mariée à Jehan de Lagny, et Hélouis. Les prénoms d'Aubert et Hugues sont également associés dans les familles des châtelains d'Avon (Fontainebleau), des comtes de Clermont et des vidames de Chartres. Hugues de Moussy, fils d'Aubert, est cité en 1097 après plusieurs chevaliers de l'entourage d'Eudes, comte de Corbeil (nº79b). — Cf. la notice 46. Les limites de la notice 59 sont fournies par la dernière date connue de la vie d'Hervé Ier de Montmorency, agissant comme maître de ce château (1081 ; cf. note 64, suprà).
b Le texte porte Loherenc, mais deux lignes plus bas on lit Johannes écrit Iohannec, suivant la manière du scribe.
280 Lagny-sur-Marne, ar. Meaux (Seine-et-Marne). — Chelles, ca. Lagny. — Villeflix, éc. Noisy-le-Grand, ca. Le Raincy, ar. Pontoise (S.-et-O.).
241 La suzoraineté exercée par Nantier de Montjay à Annet-sur-Marne ne laisse aucun doute sur l'identification de son château avec Montjay-la-Tour, écart de Villevaudé qui, comme Annet, appartient au canton de Claye-Souilly, arr. de Meaux. Nantier souscrit avec son frère Payen, en 1090, le diplôme de Philippe Ier pour St-Remi de Reims, en compagnie d'Eudes, comte de Corbeil. Nous apprenons ici que le nom baptismal de Payen fut Arnoul. Cette précision nous oblige à le distinguer d'un second Payen de Montjay, ayant pour prénom définitif Aubri, et dont nous aurons à reparler à propos d'une approbation qu'il accorda à la donation de Champmotteux à St-Martin-des-Champs en 1122. Payen Aubri est cité dès 1108 a de nombreuses reprises dans Luchaire (Annales de la vie de Louis VI, pp. 53, 97, 134, 158, 260, 329) ; il est confondu, à la table, avec Arnoul Payen (cité p. 2). C'est de ce dernier qu'il s'agit dans les pièces nº38, 62 et 90 du présent recueil. Nous verrons (nº90) qu'Eveline (Avelina), femme de Nantier de Montjay, était nièce de Josselin, archidiacre de Paris (cf. note 24).
151 Cette notice, d'une importance capitale pour l'histoire de la maison de Garlande, surtout en la rapprochant du nº60, précise l'existence de deux frères homonymes, du nom de Gilbert, dont l'un, le futur grand-bouteiller de Louis VI, portait le surnom de Payen. Etienne, clerc, n'est autre que le futur chancelier de Louis VI, archidiacre de Paris. Anseau devint grand chambrier sous le même règne. Guillaume est l'ancêtre de la maison de Livry. Payen, Anseau et Guillaume assistèrent à la donation d'Aubert de Moussy (nº59). — Nous avons dû nous en référer aux limites 1079-1er mai 1095, fournies par l'entrée des Clunisiens à St-Martin et par le décès de l'évêque Geofroi. Mais la donation se rapproche beaucoup de cette dernière date.
134 Garnier de Paris (dit aussi de Braine et de Dreux). Cf. Aug. Longnon, Bulletin de la Soc. de l'Hist. de Paris 1879, p. 140. — Il est la tige des seigneurs de Gentilly, de Brunoy, etc. Garnier II de Paris, fils de Garnier I, eut, entre autres enfants, Hugues, seigneur de Gentilly et de Brunoy. Ce Hugues, qui vivait en 1138, qualifie de neveu (nepos) Soudan de Massy (A. N. K 22, nº 98 ; K 23, nos 38 et 616). Soudan (Sultannus) était le surnom de Geofroi, fils de Bouchard de Massy et d'Elisabeth (nº69 et note 291). Il le tenait d'un grand-oncle maternel, Soudan de Paris, fils de Garnier I, cité en 1099 (nº86).
198 Amauri, fils de Robert l'Orphelin, d'une lignée qui a possédé de nombreuses terres dans les diocèses de Paris et de Meaux ; son surnom s'est traduit Orbatus, Orphanus, Orphelinus. La souscription de Milon l'Orphelin (S. Milonis orfani) suit immédiatement celle de Guérin de Paris, baron de Maule (S. Warini baronis) venant après celle de Dreux, comte de Mantes, et de son fils Gautier, sur un diplôme du roi Robert (Levrier, Coll. du Vexin, t. XI, preuve 99) très voisin de la date de sa mort (20 juillet 1031) puisque Gautier de Mantes était encore tout jeune quand il perdit son père (en 1035 ; cf. Longnon, Obit. de la prov. de Sens, t. II, p. xxiii). — La notice 59 rappelle un Pierre l'Orphelin témoin en 1086-1095 : on le retrouve vers 1105 (nº104) ; il souscrit un diplôme royal de 1112 (A. N. LL 42, fol. 7).
98 Pierre Sanglier, appelé ailleurs Petrus Aper. Sa sœur Agnès épousa Adebran de Sevran (nº105 infrà). Pierre Sanglier fit une libéralité à St-Martin, de concert avec Adeline sa femme, et ses fils Simon et Pierre (nº106).
135 Hugues et Richard, fils de Thierri et petit-fils de Fouchard I de Montmorency. Le second fut la tige des seigneurs de Banthelu (ca. Marines, ar. Pontoise).
136 Eaubonne, ca. Montmorency, ar. Pontoise. Putus, en bonne latinité, signifie pur (voir sur la famille d'Eaubonne et l'étymologie de ce nom, un article de M. de Visme dans le Journal de Montmorency, 31 mai 1903). — Treslan, éc. Andrésy, ca. Poissy, ar. Versailles. — La Garenne, éc. Achères, ca. Poissy, ar. Versailles (?) — Villiers-le-Sec, ca. Ecouen, ar. Pontoise (S.-et-O.). — Tous ces personnages se trouvent réunis, ainsi que les suivants à l'exception de Bernard l'hôtelier, auprès de Bouchard de Montmorency, à St-Martin-des-Champs en 1096 (nº72). Mais la circonstance était différente, comme le montre le changement de nom de l'évêque cité.

74 L'auteur de cette donation est une personnalité notoire du règne de Philippe Ier. C'est Gui le Rouge fils de Gui le Grand de Montlhéry ; son père assistait Henri Ieren 1059 lorsqu'il dota solennellement la collégiale de St-Martin-des champs (nº 7) et Philippe Ier lorsqu'en 1067 il en confirma l'établissement (nº 12). Lui-même intervint fréquemment pour faciliter et approuver les donations de ses vassaux au prieuré clunisien. On le rencontrera plus loin avec le titre de comte, accompagné parfois du surnom de Rochefort : « Wido comes " ou » Wido comes de Rupeforti ». Il mourut en 1107.

Élisabeth, sa seconde femme, s'identifie avec « Isabeldis, comitissa de Creciaco castro « qui, veuve de Bouchard II de Corbeil, assista à la première messe célébrée par saint Gautier, abbé-fondateur de St-Martin-de-Pontoise, sur l'autel de St-Nicolas de Morcerf (Cartul. de St-M. de P., p. 10, nº xi). Le récent mémoire de M. Estournet sur Bouchard II, comte de Corbeil dans les publications de la Société du Gâtinais, a précisé ce point. L'une des filles d'Élisabeth, Béatrix de Pierrefonds, fut aussi bienfaitrice de St-Martin des Champs.

224 Yon de Saint-Cloud est cité dans des notices précédentes à partir du nº59 (antérieurement au 1er mai 1095). Il figure, en 1096, au nombre des laïcs qui escortent l'évêque de Paris, avec Payen de Montjay (Depoin, Les Comtes de Beaumont et le Prieuré de Ste-Honorine de Conflans, p. 65).
36 Gautier, frère aîné de Thion, maire de Noisy-le-Grand, ayant été remplacé entre 1101 et 1105 et disparaissant à partir de ce moment (cf. note 272), cette charte se place entre 1079 et 1104 environ. On peut se demander si Archambaud qualifié maire n'aurait pas été le devancier de Gautier, qui n'a point de titre dans cette pièce ; d'autre part, les moines ne sont point nommés. C'est pourquoi nous proposerions de placer cette notice entre 1067, date de la dédicace de l'église dans laquelle fut fait le don, et 1079, époque de l'entrée des moines, mais à une date très voisine de 1079, en raison du surnom « de Campis « attribué au monastère.
18 Cette pièce a échappé aux auteurs de la Gallia christiana nova, qui font commencer l'épiscopat d'Imbert « circà annum 1030 ». Puisque, en novembre 1060, il était dans sa 33e année d'épiscopat, il a été intronisé avant le 29 novembre 1028 ; or son prédécesseur Francon, cité dans un titre de 1028, étant mort le 24 juillet, il faut placer l'avènement d'Imbert entre le 25 juillet et le 29 novembre 1028 (Cf. Gallia, VII, 47-49, et D. Bouquet, Rec. des Hist. de France, X, 619). Imbert mourut le 22 novembre 1060, peu de jours après avoir donné cette charte, qui fut probablement écrite à l'occasion de la fête de St-Martin d'hiver, le 11 novembre. Geofroi de Boulogne, successeur d'Imbert, mourut le 1er mai 1095. (Depoin, Essai sur la chronologie des évêques de Paris de 778 à 1138, p. 23 ; tir. à p. du Bulletin historique et philologique, 1906, p. 236).